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CAHIER 4 La restauration et la collaboration avec les créateurs
contemporains.
La recherche pour la conservation des formes d
'expressions artistiques nouvelles
des XXe et XXIe siècle est devenue primordiale.
Il existe environ 150 publications importantes, des dizaines de colloques internationaux
traitants des difficultés d'intervention sur l'art contemporain.
A sa complexité s'a
joute le manque de repères que bien souvent les artistes eux-mêmes
sont incapables de fournir. Dès 1958 j'ai la chance de découvrir ce métier de restaurateur
-
explorer cet univers nouveau de l'art d'après guerre.
Quelques techniciens américains s'interro
geaient au milieu des années 60 et en
Allemagne de même aux environs des années 1970.
L'Europe s'est intéressée à ce sujet surtout depuis 1985.
Il m'a fallu, et il faut encore expliquer que certains fondements de la philosophie de la
restauration, sa réversibilité, son caractère
``
Illusionniste
'`
devaient être remis en questions, et être abordée avec une
nouvelle conception allant toujours dans le sens du respect de l'oeuvre de l'Artiste.
Lorsque Ryman, Yves Klein, Vasarelly - Reinhardt créent des surfaces monochromes, les
agressions dont sont victimes leurs oeuvres doivent être soignées en fonction même de
leur caractère monochrome. On ne peut donc pas toujours intervenir dans l'esprit
traditionnel, mais de préférence avec eux ou leur assentiment autant que possible.
Il n'y a pas à traiter que les éraflures, accidents, mais aussi des agressions d'un type
nouveau que la conception et la résultante des oeuvres elles
- même provoquent.
Un baiser avec un rouge à lèvre sur le blanc pur de Ryman, les traces de doigts sur le
bleu de Klein, les
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I love you
'`
des tagueurs sur Warhol ou Pistoletto sont - hélas -
fréquents.
A la connaissance de leur technique, s'ajoute nécessairement une étude des
produits
``
agresseurs
'`.
Réunir une documentation technique pour
l'enseignement et la
recherche est- pour moi-
le corollaire naturel d'une véritable obsession de la prévention et
de la conservation au quotidien.
De mon avis et par expérience, la profession de restaurateur de l'art moderne et
aussi contemporain englob
e dans un même vocable la nécessité impérative d'une
connaissance de tous les intervenants afin de mieux prévenir les dommages ou
accidents éventuels et de partager nos expériences communes. Encadreurs, emballeurs,
transporteurs, photographes, marchands de fournitures, assureurs, les contacts ont été et
sont toujours source d'informations.
A ceci s'ajoute
l'éducation des amateurs d'art, souvent perplexes devant la
composition technique de certaines oeuvres de la création contemporaine. Et puis surtout
le contact permanent avec les créateurs eux-mêmes. Ce furent et ce sont encore des
moments extrêmement privilégiés.
Ces rencontres permettaient de mieux appréhender leurs démarches et
gestuelles.
Des photos des ateliers d'artistes en disent souvent très long
sur leur travail, leur
technique ou les produits qu'ils utilisent.