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Le Figaro - 24 Heures sur 24
`' Ces
restaurateurs-la
n'ont pas fini d'avoir du pain sur la planche
`'
Philippe Bouvard
Asseyez-vous prudemment, prenez votre journal à deux mains et armez-vous de
tout votre courage
: si vous possédez un tableau peint avant 1900, vous n'avez qu'une
chance sur dix pour qu'il n'ait jamais connu le pinceau d'un restaurateur
! Certaines toiles
mondialement célèbres ont tellement subi de retouches à travers les siècles, qu'il n'est
pas inexact de dire à leur propos qu'elles ne possèdent plus qu'un centimètre carré
d'origine. On sait par exemple que ``
la Cène
'`, de Léonard de Vinci, fut deux
fois repeinte
complètement -
en 1726 et en 1770. Or si son auteur la revoyait aujourd'hui, il jurerait
qu'elle vient de sortir de son atelier tant la restauration moderne a été fidèle et
minutieuse.
En France, on compte sur les doigts d'une seule main le
s grands restaurateurs de
tableaux. Ils ont pignon sur rue. On les appelle en consultation au quatre coins du
monde. Ils gagnent fort bien leur vie ainsi que le personnel qu'ils emploient. Un
spécialiste comme Jean Paul LEDEUR, que vous découvrez sur notre document aux
prises avec deux oeuvres requérant également ses soins mais séparées par plusieurs
siècles, ne ressemble plus du tout à l'image traditionnelle de cet artisanat. Les vieux
messieurs à lorgnons travaillant à la loupe dans des ateliers exigus ont été remplacés par
des artistes jeunes, dynamiques, merveilleusement au fait de toutes les techniques
modernes.
Leur champ d'action s'est d'ailleurs considérablement étendu puisqu'ils ne se
bornent plus à soigner l'art ancien et qu'ils interviennent à tit
re préventif sur la production
contemporaine. Il s'agit, en ce dernier cas, d'éviter aux chefs
-
d'oeuvre (et éventuellement
aux autres) du XXe siècle, les irréparables outrages que le temps à fait subir à leurs
devanciers. D'où un recyclage permanent des re
staurateurs. Ledeur, qui est un ami
personnel de la plupart des peintres vivants étudie de très près leur méthode. Chaque
tableau pose évidemment au restaurateur un problème particulier. L'art moderne, par sa
complexité, suscite (et suscitera dans les années à venir), un nombre croissant de points
d'interrogation
:Nous tremblons beaucoup plus à l'idée d'avoir à réparer un Vasarely que
``
La Joconde
'`