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Maison Française
Judith Benhamou-Huet
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Jean Paul Ledeur, restaurateur de renom et expert, compare l'oeuvre d'art a un être
vivant.....
Dès qu'un créateur utilise de nouveaux matériaux, nous cherchons le moyen de
conserver l'esprit de son oeuvre
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Parcours (Air Inter) Les Couleurs Du Temps
Yves JAEGLE
Jean Paul Ledeur
, restaurateur de réputation internationale, que l'ont peut
apercevoir chaque année dans son petit stand à la Fiac (il est restaurateur-expert de la
foire), reconnaît que les artistes ont fait au XXè siècle leur
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petit Mai 68
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en utilisant des
matériaux nouveaux, issus de l'industrie, sans toujours savoir comment ils évolueraient
avec le temps. Mais il se montre plus optimiste que ses confrères, affirmant que
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la
peinture contemporaine est au moins aussi costaud que les autres. Les gens n'ont pas
d'inquiétude à se faire. Même s'il y a toujours une usure naturelle. Personne n'a rien
contre les craquelures des tableaux de Courbet
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Certes, il y a eu des dérapages dans les années 70 :
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Beaucoup d'artistes de
cette époque se sont précipités sur tout ce qui leur tombait dans les mains. Mais depuis
1980-1985, il y a une évolution. Les peintres demandent les fiches techniques des
produits
qu'ils utilisent. Et les bons restaurateurs travaillent avec les fournisseurs. Quand
Lefranc-Bourgeois nous transmet un nouvel échantillon, on le
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massacre
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comme pour
un essai de voiture.
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Jean Paul Ledeur collabore régulièrement avec les peintres, créant notamment
une technique destinée à préserver les affiches récupérées que Jean-Charles Blais utilise
comme support avant d'esquisser ses personnages. Il travaille aussi avec des maîtres
des années 50, tels Jean-Paul Riopelle et Pierre Soulages,
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des perfectionnistes,
extrêmement soucieux de la pérennité de leurs oeuvres
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. Quant à Gérard Garouste,
figure de proue des années 80 utilisant beaucoup les figures de la mythologie, il prône un
retour au
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métier
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et broie lui-même ses couleurs.
Reste aux collectionneurs à en prendre conscience.
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Quand je pense que j'en
suis encore à dire à certains que l'on n'accroche pas un tableau au
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dessus d'un
radiateur, ni un dessin en pleine lumière, dans un salon où tout le monde peut l'admirer,
certes, mais q
ui jaunit en cinq ans. On a des devoirs à l'égard d'une oeuvre, rappelle
Jean Paul Ledeur. Je voudrais bien que les collectionneurs viennent me voir pour savoir
si leur bébé va bien, plutôt que pour me dire qu'il va mal. Il est ainsi préférable de
débarboui
ller régulièrement un tableau plutôt que de s'inquiéter après coup. Un tableau
est un être vivant.
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