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Cimaise
Revue d'Art
Jean Planche
Nombre de visiteurs de la FIAC, depuis qu'elle fut créée il y a dix
-sept ans, ont été
un jour intrigués par un tout petit stand, dont, au f
il des années, ils purent constater qu'il
était tout autant
``
hors commerce
'`
que bien souvent hors les normes. Ils apprenaient
parfois que son locataire, Jean Paul Ledeur, était le restaurateur-expert de la Foire -
comme l'on parle du médecin du Paris
-Dakar. Une sculpture exhibant son mécanisme,
des considérations sur un traitement nucléaire capable d'immortaliser des brindilles ou
tout récemment une poudre bleue, le célèbre IKB, présentée comme un ex-voto, les
convainquaient vite qu'ils se trouvaient ch
ez un
``
docteur en matière d'art
'`
.

La mort et la continuité, le temps et sa douleur, à travers le devenir des matières,
ce serait donc chez Ledeur le lien profond d'autant d'activités
-
que l'objet en soit
électivement le plus fragile dit assez l'inten
sité du
``
dur désir de durer
'`. L'exposent
aussi et le goût de l'action et celui du refuge
; la crainte toujours présente de ne pas
pouvoir terminer
; l'obsession de conserver et laisser des traces. ``
Je pense que l'homme
crée ou continue quelque chos
e, qu'un autre continuera si ce n'est pas achevé. Si cela
s'appelle réincarnation, alors je suis d'accord
'`
.
Déjà les choses de l'art en semblent plus proches, la chair des oeuvres plus nue et
désirable. Car l'incroyable fragilité de l'oeuvre d'art, celle
qui fait que le célèbre début de
la recherche proustienne n'apparaît qu'en correction d'une huitième version, est peut
-être
ce qui peut le mieux faire battre le coeur des plus fiévreux de ses amants. On respire là
cette drogue très dure : un peu de temps à
l'état pur.