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Revue L'oeil
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Patrick Gilles PERSIN
Restaurateur, restauration ! Des termes bien ambigus pour définir un métier réputé
et pourtant toujours mal connu. Jean Paul Ledeur, depuis plus de trente cinq ans, se veut
le ``
médecin
'` des peintures
; il l'est, mon
dialement. Curieux et savant, il travaille aussi
bien sur des oeuvres anciennes que sur celles de contemporains, qui sont souvent ses
amis.
Lorsqu'on parle avec Jean Paul Ledeur, on comprend très vite l'esprit d'extrême
rigueur qui doit le conduire, ainsi que la discipline obligatoire qui préside à chaque instant
d'une vie dense. Cela va de pair avec une déontologie stricte, fondée sur la discrétion,
mieux, sur le secret professionnel absolu.
Il se plaît également
à évoquer l'honnêteté intellectuelle qui do
it guider la
quotidienneté du restaurateur de tableaux. Ce métier implique, pour lui, le respect
inconditionnel du droit moral de l'artiste lorsqu'on restaure son oeuvre.
Cet ensemble de ``
lois
'` que Jean Paul Ledeur prône et s'impose, instaure une
règle intransgressable. Parallèlement, ce sexagénaire, apparemment sévère, au propos
précis, cache un homme raffiné, collectionneur, découvreur, curieux et attentif. Cette
rigueur, cette exigence de soi viennent d'un métier qui fait appel aux facultés de
préven
tion, d'entretien, d'expertise et de collaboration avec les artistes et les
collectionneurs.
Le restaurateur, pour lui, se doit de trouver le lien affectif avec les créateurs, par le
truchement de la communauté artisanale.
L'artiste, informé, comprend alo
rs que Jean Paul Ledeur doit faire appel à une variété
incroyable de disciplines scientifiques, en raison de l'infinie diversité de produits,
matières, matériaux et techniques utilisés aujourd'hui.
Cela oblige donc à rassembler un très grand nombre d'info
rmations, et il est
souhaitable, la aussi, de concrétiser un plus large échange entre les industries et la
restauration. Il est bien connu qu'à l'heure actuelle, il devient indispensable de faire la
différence entre les méthodes, les moyens, les droits et les devoirs qui sont les siens,
face au créateur contemporain. Il faut aussi ne pas omettre l'importance de l'appréciation
entre la modification des structures, et des innombrables techniques et matériaux
utilisés : bois flottés, plastiques, plexiglas, polystyrène, terres, textures, plâtre, fils de
fer... autant d'occasions pour passer par divers laboratoires, en quête d'une solution
adéquate.
Nous l'avons vu, ce métier a pour base le respect de l'oeuvre. Cela ne peut donc
engendrer qu'une sorte de relation amoureuse du restaurateur avec cette oeuvre. La
relation est vite devenue une passion qui occupe, envahit toute la vie de Jean Paul
Ledeur. Il sait aussi être inquisiteur, méticuleux, disponible et tolérant tout à la fois. Seule
la terminologie professionnel
le le fait s'élever violemment contre l'ambiguïté du terme de
``
restaurateur
'`, dont il explique que seule la France est l'utilisatrice, partout ailleurs, on
dit ``
conservateur
'`.
Jean Paul Ledeur souligne particulièrement que son métier impose idéalement de
faire cinquante pour cent de prévention et autant d'entretien et de collaboration.